Covid-19 : nous valons plus que ça !

Mis à jour : avr. 13

Les mesures d'isolement social imposées par le gouvernement pour faire face à la pandémie de Covid-19 mettent à rude épreuve nos capacités à faire face. En effet, ces mesures entrent en conflit direct avec les besoins psychologiques fondamentaux des humains, tels qu'ils ont été décrits par Deci & Ryan (1985, 2000) dans leur théorie de l'autodétermination.


Au sein de leur "théorie de l'autodétermination", Deci et Ryan (1985, 2000) ont identifié trois besoins psychologiques fondamentaux chez les humains. Il s'agit des besoins : d'autonomie, de compétence et d'affiliation sociale. Remplir ces besoins fondamentaux favoriserait le fonctionnement optimal des individus et protègerait leur santé mentale.

Il est évident que les mesures d'isolement social que nous vivons actuellement affectent gravement ces besoins :

  • La privation de liberté inhérente au confinement affecte grandement notre sentiment d'autonomie et notre besoin d'affiliation sociale (se connecter avec les autres),

  • Notre sentiment de compétence est mis à rude épreuve : nous ne sommes (pour la plupart) ni médecins, ni infectiologues. En dehors de rester chez nous, nous ne pouvons pas faire grand-chose, ce qui peut conduire au dangereux sentiment d'impuissance. Dans l'impossibilité de pratiquer son métier pour beaucoup, il peut aussi naître un sentiment d'inutilité sur fond de peur pour l'avenir.

Mal utilisé, le besoin de se sentir compétent peut pousser certains à se penser spécialistes en médecine ou même en économie sur les réseaux sociaux. Ces personnes (qui pensent "savoir" ou fortes de la certitude d'avoir un avis pertinent) envahissent l'espace et participent à nourrir les théories du complot. Or, dans ce domaine, il a été montré que que croire en des théories du complot est négativement associé à l'esprit critique, quoi qu'en pensent les intéressés (Lantian, Bagneux, Delouvée, Gauvrit, 2020).


D'autres personnes renouent pathologiquement avec le sentiment de compétence en jugeant le voisin qui sort son chien ou qui marche dans la rue. C’est aussi ce besoin de se sentir compétent (« Je suis capable d’être prévoyant, de prendre soin des miens ») qui a pu pousser bon nombre de personnes à faire des stocks déraisonnables de farine… et de papier toilette !

Tous ces comportements favorisent l'agressivité, la colère et le conflit et les propos haineux ne sont pas rares sur les réseaux sociaux. Certains comportements de dénonciation spontanée ont rappelé aux plus anciens d’entre nous des périodes sombres de l’histoire de France. L'intelligence ne risque pas de triompher

Au contraire de ces tendances corrosives, puisque nous ne pouvons pas changer la situation, pourquoi ne pas essayer de changer la manière dont nous appréhendons la situation ?

  • En se réappropriant les mesures de confinement comme un choix personnel, fait pour se protéger et protéger les autres, nous pouvons renouer avec le sentiment d'autonomie. Ce sentiment peut également se nourrir de l'idée que le confinement est provisoire : nous ne sommes pas définitivement privés de liberté.


  • En cessant de juger les autres, de tenir des propos haineux sur les réseaux sociaux, de s'improviser faux-prophètes en médecine et en économie, nous allons libérer du temps pour voir que des belles initiatives se mettent en place et, pourquoi pas y participer en renouant avec le sentiment de compétence.


  • Connectez-vous à l'instant présent : y a-t-il une infirmière ou un médecin dans votre immeuble à qui vous pourriez déposer une barquette jetable avec un bon repas chaud après sa garde ? Une personne âgée isolée à qui cela ferait plaisir ? De telles initiatives permettent de satisfaire le besoin d'affiliation sociale. Partout, des initiatives se développent : des sites mettent en ligne gratuitement des livres, des enseignes de salles de sports offrent des cours virtuels, des instituts de formation à distance rouvrent tous leurs MOOCs pour permettre d'occuper son temps en apprenant, les psychologues se regroupent pour offrir des lignes d'écoute d'urgence...


Le monde ne sera peut-être plus jamais le même après cette épreuve collective, mais il nous appartiendra d'en faire un monde meilleur.

C'est le moment de prendre des nouvelles les uns des autres, de prendre soin les uns des autres, de souligner les belles initiatives et le courage dont nombreux font preuve.

Oui, il y a des incivilités et des larcins de masques chirurgicaux. Oui, il y a des personnes qui ne respectent pas le confinement (le monde ne s'est pas vidé de ses narcissiques et de ses égoïstes à la faveur de la pandémie).

Mais il y a chaque jour mille fois plus de sacrifices consentis, des petits et des grands. Remarquons-les !

Pensons avec reconnaissance à nos concitoyens qui approvisionnent et font tourner les supermarchés, les soignants, les services de secours, les artisans qui assurent les dépannages, les personnes qui font que nous avons de l'eau et de l'électricité, etc. Serrons-nous les coudes et pensons avec gratitude à chaque jour qui passe et nous trouve en bonne santé, nous et nos proches, quand c'est le cas. Ayons une pensée solidaire et de la compassion pour ceux qui ne peuvent pas en dire autant, que ce soit le COVID-19 ou une autre maladie qui a fait irruption dans leur vie.

Une crise comme celle que nous vivons fait ressortir le pire et le meilleur chez les êtres humains. De quel côté voulez-vous être ?


Sources :

Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Intrinsic motivation and self-determination in human development. New York, NY: Plenum.

Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The ‘what’ and ‘why’ of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11, 227-269.


Lantian, A., Bagneux, V., Delouvée, S., & Gauvrit, N. (2020). Maybe free thinker but not a critical one: High conspiracy belief is associated with low critical thinking ability. https://psyarxiv.com/8qhx4/

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