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Nathalie Boisselier

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HPI : sauter le pas de l'identification

L’identification est un moment fort dans la vie des adultes HPI. Il entraîne souvent une relecture de l’histoire de vie selon une nouvelle perspective.


Il faut réunir un certain courage pour se décider à franchir adulte l’étape du bilan de QI, et personne ne s’y est jamais rendu sans appréhension ni sans y avoir longuement réfléchi. Bien sûr, « il y a des choses plus graves dans la vie » ; tout le monde est plein de ces phrases toutes faites. Mais il y a trop d’enjeux identitaires dans le résultat espéré pour qu’on puisse y aller avec des émotions neutres ou avec insouciance. Et si la réponse était « non » ? De ce qu’en témoignent les adultes HPI après coup, ce qui les taraudait n’était pas le chiffre de QI qui aurait pu leur être annoncé par le psychologue. Ce chiffre, il y aurait tout le temps de l’apprivoiser (dans les faits, cela dépend de l’accompagnement). Non, le plus difficile à imaginer pour eux en cas de réponse négative, c’est ce que cela aurait exactement voulu dire sur eux, sur ce qu’ils traversaient ou avaient traversé et continuait de leur poser problème. La seule explication possible aurait alors été qu’ils étaient juste « bizarres », « étranges », « décalés », « anormaux », « différents ». Sans l’identification, rien n’aurait pu expliquer cette sensation d’être à part que la plupart ressentent souvent jusque dans leurs os depuis qu’ils sont petits.


Des chercheurs comme Prober (2008) ou encore Willings (1985) ont rapporté que les principales difficultés auxquelles les adultes HPI avaient à faire face lorsqu’ils consultaient en psychothérapie concernaient des expériences douloureuses à l’école ou plus généralement durant l’enfance, leur grande sensibilité, leur intensité émotionnelle, la dépression existentielle, le perfectionnisme, la multipotentialité et la difficulté à faire des choix, les relations sociales et les idées noires. La plupart du temps, c'est aussi ce qu’ils traversent quand ils se décident à prendre rendez-vous chez un psychologue pour un bilan de QI.


L'épreuve...

Le bilan d’identification est donc bien une épreuve qui comporte un enjeu, au sens de la stricte définition du terme : « Essai par lequel on éprouve la résistance, la qualité de quelque chose ; test, critère ». Il faut la traverser avec son lot d’incertitude. Quand l’épreuve est « victorieuse » (prenons bien le soin d’y mettre des guillemets), le monde intérieur change. Etre identifié HPI est une découverte, ou plutôt une redécouverte. Redécouverte de soi, de son passé et du présent, de ses relations à soi et aux autres, de ses valeurs et de ses ressources propres… Tout cela à la fois.


Beaucoup d’adultes HPI rapportent que toute leur vie qui s’est éclairée de manière différente, partagés entre incrédulité et soulagement au moment du compte-rendu de bilan. L’identification a été ensuite l’occasion de réinterpréter leurs expériences passées et leur manière d’être au monde à travers un nouveau prisme, une nouvelle perspective, en s’engageant sur le chemin de l’acceptation.


C'était donc moi

Parfois, ce chemin emprunte le détour de la colère ou des doutes… Oui, encore plus de doutes, c’est possible. Des témoignages qui ont pu nous être faits, voici l’extrait d’un message envoyé par Léonore[1], 42 ans, quelques semaines après avoir eu connaissance de son haut potentiel intellectuel : « […] Cette manie de tout donner et de ne pas comprendre pourquoi c’était à sens unique ; cette vie étrange de première de la classe mais qui envoie tout bouler et change de métier à chaque fois que l’ennui pointe ; cette façon permanente de tout questionner et les idées hors-cadre qui ne m’ont pas fait que des amis ; ce côté justicière (qui ne m’a pas fait que des amis non plus)... C’était donc moi. »


Certains trouvent une voie nouvelle ou une confirmation de leurs choix de vie assez rapidement. Léonore a par exemple décidé de se faire confiance et de sauter le pas dans les deux ans qui ont suivi son identification ; elle a réalisé un vieux rêve et a créé sa propre entreprise. D’autres ont besoin de plus de temps pour transformer l’annonce en une énergie créatrice, pour décider s’ils doivent faire quelque chose ou pas de ce qu’ils viennent d’apprendre sur eux. Quoi qu’il en soit, l’identification leur permet généralement de gagner quelques degrés de libertés en remaniant leur identité. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’évoluer dans des environnements familiaux, de couple ou professionnels compréhensifs et bienveillants, il est enfin possible de battre en brèche la culpabilité. Ils peuvent comprendre que leurs différences n’étaient ni le fait d’une personnalité troublée ni la résultante de déficits sociaux ou émotionnels, mais au contraire une ressource, une force supplémentaire à leur disposition pour peu qu’ils s’en saisissent.


Ce n’est pas que leurs émotions deviennent moins intenses du fait de la simple passation d’un test de QI, qu’ils deviennent moins entiers. Ce n’est pas non plus qu’ils en obtiennent un passeport changer le monde (personne n’a jamais reçu un Nobel en présentant les résultats de son bilan de QI). Mais certains parviennent à trouver une voie pour changer peut-être un peu les choses, à leur niveau, tout en comprenant qu’il n’y a rien qui dysfonctionne plus chez eux que chez les autres. Et surtout pas leurs émotions, leur humour, leur capacité de créer avec un bout de ficelle, leur manière de penser différente, leur regard sidéré à chaque fois qu’on leur dit qu’ils ont quand même « de drôles d’idées » et qu’il faut qu’ils aillent moins vite.

Rocamora (1992) a suggéré que les adultes HPI rencontraient des difficultés différentes selon qu’ils aient été ou pas identifiés dans l’enfance. Ceux qui auraient été identifiés jeunes auraient à faire face à la pression (interne et externe) qui va avec le label et un certain besoin de reconnaissance publique. Ceux identifiés plus tardivement auraient pour leur part à lutter pour accepter l’étiquette, tout en continuant à ressentir la pression pour être « normal ». Dans tous les cas, la relation thérapeutique avec le psychologue serait, peut-être pour la première fois chez certains, une opportunité d’être compris, valorisé et soutenu (Jacobsen, 1999).

[1] Le prénom a été changé.

Sources

Jacobsen, M. (1999). Arousing the sleeping giant: Giftedness in adult psychotherapy. Roeper Review, 22, 36-41.

Prober, P. (2008). Counseling gifted adults: A case study. Annals of the American Psychotherapy Association, 11, 10-15.


Rocamora, M. (1992). Counseling issues with recognized and unrecognized creatively gifted adults. Advanced Development Journal, 4, 75-89.


Willings, D. (1985). The specific needs of adults who are gifted. Roeper Review, 8, 35-38.

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