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Nathalie Boisselier

Psychologue - Psychothérapeute

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Tout a été dit ou écrit sur les personnes HPI et particulièrement qu'elles souffraient plus d'anxiété ou de dépression que les autres, ou encore qu'elles étaient plus souvent en difficulté et rejetées dans leur milieu professionnel. Rien ne permet d'appuyer de telles affirmations. En revanche, cette approche pathologisante a engendré en contrecoup une réaction strictement opposée, tendant à nous faire croire que le HPI est une sorte de passeport pour la réussite et le succès, comme s'il existait des personnes capables de traverser la vie sans accroc ni anicroche jusqu'à même parfois s'ignorer. Cette vision, manquant tout autant de nuance, impose une sorte de "dictature du bonheur" culpabilisant ou marginalisant ceux qui souffrent, alors que la souffrance fait partie de la condition humaine et n'a rien d'anormal, que l'on soit HPI ou non.

 
Une vision raisonnée du lien entre HPI et troubles

Une vision plus raisonnable serait de reconnaître que le HPI n'est pas un facteur de vulnérabilité aux troubles psychologiques et qu'il en protège même parfois et dans une certaine mesure. Mais dans le même temps, les adultes HPI peuvent rencontrer – et rencontrent d’ailleurs – la gamme complète des problèmes psychologiques auxquels tout adulte est confronté dans les sociétés sans cesse en mouvement d’aujourd’hui.

Ils souffrent d’anxiété, de dépression, de solitude, d’idées suicidaires, d’abus physique et sexuel, de troubles liés à la prise de substances et de troubles liés aux addictions, de harcèlement au travail et de problèmes relationnels, de problèmes de gestion de la colère, de stress post-traumatique, de troubles de la régulation de l’humeur ou des émotions, de troubles du sommeil, de troubles attentionnels et du contrôle des impulsions, du manque d'estime ou affirmation de soi, de conflits familiaux ou professionnels, ainsi que de troubles des apprentissages non pris en charge dans l'enfance et qui ont des répercussions à l'âge adulte.

Les adultes HPI vivent également des événements de vie négatifs et stressants qui ont un impact sur leur bien-être, leur vie familiale et sociale et leur réussite professionnelle. De plus, les problèmes qui surviennent à l'âge adulte montrent souvent une continuité avec des expériences difficiles vécues dans l'enfance.

 
Les perceptions du HPI et de l'intelligence

Il existe des stéréotypes négatifs largement partagés dans les sociétés occidentales qui affectent la manière dont les gens les conçoivent, eux ou l'intelligence en général. Ces stéréotypes et leur mise en application expliquent pour beaucoup le sentiment de décalage que les personnes HPI développent dans l'enfance et qui se poursuit à l'âge adulte. Ils se sentent différents parce qu'on leur fait sentir une différence. Ainsi, avoir "trop de quelque chose" n'est pas souvent indiqué dans la sphère des relations sociales où opère trop souvent la comparaison négative. C'est notamment vrai pour ceux dont les capacités sont principalement verbales, car ces compétences sont moins faciles à dissimuler qu'un talent en mathématiques. Au-delà du fait que les personnes HPI ne sont pas moins bien adaptées socialement ou moins sociables que les autres, il existe des "accidents" de vie. Il existe des périodes où il ne fait pas bon avoir une trop bonne lecture des situations sociales ou une trop bonne mémoire. Il existe des situations et des milieux disqualifiants où les capacités de résilience et de gestion émotionnelle peuvent être dépassées. Même chez les plus solides. Cela ne dit rien de définitif sur la personne HPI en souffrance ni ne la classe dans une catégorie à part, une catégorie de HPI "à problèmes" dont il faudrait systématiquement chercher la cause en eux.

 
Quel psychologue

Mais alors, qu'est-ce que cela change d'être HPI lorsque l'on consulte un psychologue ?

A priori, rien dans la mesure où les personnes HPI sont toutes différentes les unes des autres, ce qui pourrait indiquer l'absence de nécessité d'une méthode spécifique de prise en soin ou de suivi psychothérapeutique. Il n'existe pas de portrait-type permettant de les ranger dans des cases. Tous ne sont pas comme sortis d'un livre sur les "surdoués" acheté en librairie. Mais il y a souvent de grands traits partagés et il faut les connaître si l'on veut pouvoir les respecter et les mobiliser en tant que ressources : la rapidité et la justesse du raisonnement, la capacité de se décentrer et de tenir compte d'une vue plus large et analytique des situations, la capacité et le besoin d'introspection, l'ouverture à l'expérience, l'intensité affective, le perfectionnisme, l'humour, la capacité d'abstraction, la créativité, l'indépendance et le besoin de temps pour soi, le regard des autres et la crainte du jugement... Si les différences entre HPI et non-HPI sont purement quantitatives, grandir HPI représente une expérience qualitativement différente.

 

Tout cela change la manière dont le psychologue et son patient HPI collaborent au sein de la relation thérapeutique. Le psychologue doit être préparé et entraîné à ce que les échanges puissent être riches de contenu, aller vite, digresser et revenir. Il doit faire avec le besoin intrinsèque de précision de son patient hors-normes, comprendre ses plans larges entre "ce qui est" et "ce qui devrait être" et son questionnement existentialiste nourri par des réflexions ou des lectures dépassant souvent l'entendement... Les adultes HPI sont souvent des épicuriens de la connaissance, versés dans le raisonnement et l'intellectualisation. Tout énoncé doit pour eux être compris, les règles ou le changement proposés intégrés comme siens pour être acceptés. Si le psychologue n'en tient pas compte, l'ennui guette et la thérapie n'avance pas.

 
Quelle psychothérapie

Côté thérapies, il y a aussi plusieurs points de vue parmi les chercheurs en psychologie. Une question importante est de savoir si une seule approche psychothérapeutique est indiquée pour prendre en soin les personnes HPI. Certains chercheurs importants pensent qu'ils nécessitent une approche spécifique et qu'il s'agit d'une règle de base. Je partage ce point de vue, même si aucune recherche n'a en réalité été entreprise pour permettre de trancher cette question. Dans les essais de validation de l'efficacité des psychothérapies, aucun groupe expérimental de sujets HPI n'a jamais été inclus. Ce que l'on sait en revanche, c'est qu'aucune théorie ne peut à elle seule expliquer ce qui dérape lorsque les personnes HPI développent des problèmes psychologiques ; aucune théorie ne peut également expliquer à elle seule tout ce qui rend leur prise en soin psychologique efficace. Toutefois, Il est de plus en plus reconnu dans de nombreux pays qu’il est nécessaire de proposer aux personnes HPI des services de conseil psychologique qui leur sont adaptés, ce qui implique une formation rigoureuse et adaptée du psychologue, incluant une parfaite connaissance du HPI.

 
L'expérience clinique

Mon expérience clinique va dans le sens de cette nécessité de spécialisation. Elle indique par exemple une affinité particulière des adultes HPI pour la thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT) en raison de son ancrage fort dans la philosophie existentialiste. Beaucoup se retrouvent dans l'idée d'une vie et d'actions engagées vers les valeurs. La recherche de flexibilité poursuivie par l'ACT leur parle, car elle correspond déjà à leur plus grande plasticité cognitive ; le mouvement leur est naturel. Souvent aux prises avec leurs pensées incessantes, ils partagent également l'objectif de l'ACT qui est de sortir à la fois de la fusion cognitive d'avec leurs pensées, et de rompre le cercle vicieux de l'évitement expérientiel.

Lorsque des TCC plus classiques sont indiquées, ils atteignent plus vite les étapes du travail cognitif sur les croyances profondes. Ils sont particulièrement à l'aise avec les entretiens faisant appel au questionnement socratique, visant à questionner l'évidence. Ce type de questionnement hautement intellectuel nécessitant la mise perspective à partir du doute leur convient parfaitement car il ressemble à leur façon de raisonner. Ils sont servis en cela par de très hautes capacités métacognitives (avoir des pensées sur ses propres pensées). De la même manière, ils apprécient d'avoir la main haute sur les tâches confiées à domicile, de telle sorte à les concevoir comme un challenge faisant appel à leur esprit de compétition. Une compétition qu'ils mènent souvent avec soi, d'ailleurs.

 

En conclusion, les adultes HPI peuvent souffrir de troubles psychologiques, ce qui ne les catalogue pas ni ne représente une fatalité. Leur prise en soin doit être spécifique, alliant les qualités cliniques du psychologue à sa parfaite connaissance des caractéristiques les plus souvent partagées par ses patients.