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HPI et difficultés psychologiques

Ce que disent la recherche scientifique et la pratique clinique auprès des personnes HPI

Tout a été dit ou écrit sur les personnes HPI (QI ≥ 130) et particulièrement qu'elles souffraient plus d'anxiété ou de dépression que les autres, ou plus généralement qu'elles étaient plus souvent en difficulté sociale et émotionnelle. Rien ne permet d'appuyer de telles affirmations, et certainement pas la recherche scientifique.

 

Cette approche pathologisante, très répandue dans les médias et le grand public, a suscité une hypothèse inverse, tout aussi discutable : le HPI serait une sorte de sésame protégeant massivement de tout et ouvrant sur toutes sortes de réussites.  Ce serait d'ailleurs si vrai que, selon cette hypothèse, la majorité des personnes HPI ignoreraient qu'elles sont HPI, n'ayant aucune raison de programmer un bilan de QI.

Comme s'il existait des personnes capables de traverser la vie sans anicroche, sans évènement de vie stressant, ni questionnement sur elles-mêmes ou le sens de leur vie...

Cette vision, manquant tout autant de nuance que l'approche pathologisante, impose une sorte de "dictature du bonheur" culpabilisant ou marginalisant ceux qui souffrent, alors que la souffrance fait partie de la condition humaine et n'a rien d'anormal, que l'on soit HPI ou non.

Une vision raisonnée du lien entre HPI et troubles

Une vision plus raisonnable serait de reconnaître que le HPI n'est pas un facteur de vulnérabilité aux troubles psychologiques, et qu'il en compense même parfois les symptômes dans une certaine mesure.

 

Mais dans le même temps, les adultes HPI peuvent rencontrer – et rencontrent d’ailleurs – la gamme complète des problèmes psychologiques auxquels tout adulte est confronté dans les sociétés sans cesse en mouvement d’aujourd’hui.

Ils sont ainsi susceptibles de souffrir d’anxiété, de dépression, de solitude, d’idées suicidaires, de troubles liés aux addictions ou aux comportements alimentaires, de harcèlement au travail et de problèmes relationnels, de problèmes de gestion de la colère, de stress post-traumatique, de troubles de la personnalité, de troubles de la régulation de l’humeur ou des émotions, de troubles du sommeil, de troubles attentionnels et du contrôle des impulsions, du manque d'estime ou affirmation de soi, de conflits familiaux ou professionnels, ainsi que de troubles des apprentissages non pris en charge dans l'enfance et qui ont des répercussions à l'âge adulte.

Les adultes HPI vivent également des événements de vie négatifs et stressants qui ont un impact sur leur bien-être, leur vie familiale et sociale et leur réussite professionnelle. De plus, les problèmes qui surviennent à l'âge adulte montrent souvent une continuité avec des expériences difficiles vécues dans l'enfance.

Perception du HPI
Les perceptions du HPI et de l'intelligence

Il existe des stéréotypes négatifs largement partagés dans les sociétés occidentales qui affectent la manière dont les gens conçoivent les personnes HPI, eux ou l'intelligence en général. Ces stéréotypes et leur mise en application expliquent pour beaucoup le sentiment de décalage que les personnes HPI développent dans l'enfance et qui se poursuit à l'âge adulte. Ils se sentent différents parce qu'on leur fait sentir une différence. Ainsi, avoir "trop de quelque chose" n'est pas souvent indiqué dans la sphère des relations sociales où opère trop souvent la comparaison négative. C'est notamment vrai pour ceux dont les capacités sont principalement verbales, car ces compétences sont moins faciles à dissimuler qu'un talent en mathématiques.

Au-delà du fait que les personnes HPI ne sont pas moins bien adaptées socialement ou drastiquement moins sociables que les autres, il existe des "accidents" de vie. Il existe des périodes où il ne fait pas bon avoir une trop bonne lecture des situations sociales ou une trop bonne mémoire. Il existe des situations et des milieux disqualifiants où des capacités de résilience et de gestion émotionnelle pleinement opérationnelles peuvent être dépassées. Même chez les plus solides. Cela ne dit rien de définitif sur la personne HPI en souffrance ni ne la classe dans une catégorie à part, une catégorie de HPI "à problèmes" dont il faudrait systématiquement chercher la cause en eux.

Psychologue HPI
Quel psychologue

Mais alors, qu'est-ce que cela change d'être HPI lorsque l'on consulte un psychologue ?

A priori, rien dans la mesure où les personnes HPI sont toutes différentes les unes des autres, ce qui pourrait indiquer l'absence de nécessité d'une méthode spécifique de prise en soin ou de suivi psychothérapeutique. Il n'existe pas de véritable portrait-type permettant de les ranger dans des cases. Tous ne sont pas comme sortis d'un livre sur les "surdoués" acheté en librairie. Mais il y a des grands traits fréquemment partagés, et il faut les connaître si l'on veut pouvoir les respecter et les mobiliser en tant que ressources : la rapidité et la justesse du raisonnement, la capacité de se décentrer et de tenir compte d'une vue plus large et analytique des situations, la capacité d'introspection, l'ouverture à l'expérience, l'éloquence, l'esprit critique (rationalité), l'humour, la capacité d'abstraction, la créativité, l'indépendance et le besoin de temps pour soi, le regard des autres et la crainte du jugement...

De la sorte, si les différences entre HPI et non-HPI sont purement quantitatives, grandir HPI représente une expérience qualitativement différente.

 

Tout cela change la manière dont le psychologue et son patient HPI collaborent au sein de la relation thérapeutique. Le psychologue doit être préparé et entraîné à ce que les échanges puissent être riches en contenus, aller vite, digresser et revenir. Il doit faire avec le besoin intrinsèque de précision de son patient hors-normes, comprendre ses plans larges entre "ce qui est" et "ce qui devrait être" et son questionnement existentialiste nourri par des réflexions ou des lectures dépassant souvent l'entendement... Les adultes HPI sont souvent des épicuriens de la connaissance, versés dans le raisonnement et l'intellectualisation. Tout énoncé doit pour eux être compris, les règles ou le changement proposés intégrés comme siens pour être acceptés. Si le psychologue n'en tient pas compte, l'ennui guette et la thérapie n'avance pas.

Psychothérapie HPI
Quelle psychothérapie

Tout d'abord, rappelons qu'une intelligence élevée ne constitue pas un trouble psychologique. Il existe donc une manière un peu à part d'approcher les personnes HPI en consultation de psychologie, en tenant compte de certaines de leurs spécificités (voir ci-dessus). Mais il n'existe pas de psychothérapie unique susceptible de les aider quelles que soient les difficultés rencontrées.  

 

On peut en revanche se demander si toutes les psychothérapies prouvées efficaces pour tel ou tel trouble le sont aussi lorsque ces troubles sont présentés par des personnes HPI. En l’occurrence, il n'y a pas de réponse tranchée à cette question. En effet, à ma connaissance, aucun groupe expérimental de sujets HPI n'a jamais été inclus dans les essais de validation de l'efficacité des psychothérapies. Mon expérience clinique m'amène cependant à répondre positivement à la question : si les spécificités du patient HPI sont respectées, toutes les thérapies efficaces pour le plus grand nombre le sont aussi pour eux. Ils répondent donc aussi bien que les autres aux TCC classiques, à l'EMDR, à la thérapie des schémas, etc.

 

En résumé, aucune théorie ne peut à elle seule expliquer ce qui dérape lorsque les personnes HPI développent des problèmes psychologiques. Aucune théorie ne peut également expliquer à elle seule tout ce qui rend leur prise en soin psychologique efficace. Toutefois, il est reconnu par tous les spécialistes du domaine qu’il est nécessaire de proposer aux personnes HPI des services de conseil psychologique qui sont adaptés à leurs principales caractéristiques, ce qui implique une formation rigoureuse et adaptée du psychologue, incluant une parfaite connaissance du HPI.

© 2026 - Nathalie Boisselier - Psychologue & Psychothérapeute

Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) : 10010040938 - SIRET : 417 684 834 00068
Crédit photos : Vincent, Pixabay, Shutterstock, Freepik

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